Quand le livre devient œuvre : comment les Éditions AZUR réinventent l'objet-livre en Afrique
Et si un livre pouvait être lu avant même d'être ouvert ? Et s'il pouvait, dès le premier regard, raconter une histoire, révéler un artiste, susciter une émotion et inviter à un dialogue entre plusieurs formes de création ?
Aux Éditions AZUR, cette conviction guide chaque publication. Basée à Lomé, au Togo, la maison d'édition développe depuis plusieurs années une approche originale de l'édition : faire du livre un lieu de rencontre entre la littérature et les arts plastiques, entre le texte et l'image, entre les créateurs et les publics.
Cette démarche ne relève ni du hasard ni d'un simple choix esthétique. Elle constitue une véritable vision éditoriale : celle d'une culture où les disciplines dialoguent, où les œuvres se répondent et où chaque publication participe à la construction d'un patrimoine artistique et littéraire commun.
Une couverture n'est jamais un décor
Dans l'édition traditionnelle, la couverture accompagne souvent le texte. Aux Éditions AZUR, elle en devient le premier chapitre.
Chaque couverture est une œuvre d'art créée par un artiste plasticien togolais. Elle ne cherche pas seulement à séduire le regard ; elle entre en conversation avec le livre. Elle en révèle les tensions, en prolonge les silences, en éclaire les émotions ou en annonce les questionnements.
Ainsi, La maîtrise de Brice ADJI accompagne Ligne de sagesse ; La danse des amants épris de Christiane Abra Gbodui dialogue avec Quarante bougies pour six agneaux gris ; Reflets et Vies plurielles d'Ayawa Adjoyi prolongent les univers littéraires auxquels ils sont associés. Les correspondances se poursuivent avec Famille et développement de Mathias Quashie pour Péché mortel, Femme couleur d'Al Nova pour De l'autre côté de moi, Une face de Claude West pour Émotion arc-en-ciel de Hedjole Dziedjom Kangni, ou encore Frutto d'incontro (Fruit de la rencontre) d'Ako Atikossie pour Neuf lignes pour jaillir du futur de Kossi Komla-Ebri.
À ces dialogues s'ajoutent les œuvres Non d'Ayawa Adjoyi, Cadavre de Crosby Segbéaya, Diable dans la chapelle de Jacques Fianyo, Éclat de Wisdom Bruce, Influence du regard d'Ayawa Adjoyi et Jour de Crosby Segbéaya, qui accompagnent respectivement Empreintes, On fait quoi avec le cadavre ?, Sans pitié ni pardon, Triomphe du destin, Vendredi soir sur la 13 et Le fil des jours.
À chaque publication naît ainsi un dialogue inédit entre deux imaginaires. L'écrivain ne raconte plus seul. L'artiste plasticien ne crée plus seul. Le livre devient l'espace où leurs voix se rencontrent.
Quand les arts refusent de vivre séparés
Pourquoi faudrait-il qu'un amateur de littérature ignore la peinture ? Pourquoi un passionné d'arts plastiques ne découvrirait-il pas, grâce à une toile, un écrivain qu'il n'aurait jamais ouvert ?
Les Éditions AZUR défendent une conviction simple : les arts se renforcent lorsqu'ils se rencontrent.
Le tableau ouvre la porte du roman. Le roman conduit vers le tableau. Le lecteur découvre un artiste. L'amateur d'art découvre un auteur. Chacun devient le passeur de l'autre.
Cette fertilisation croisée crée une circulation des publics, des sensibilités et des imaginaires. Elle fait tomber les frontières entre les disciplines et rappelle qu'une œuvre d'art n'est jamais enfermée dans un seul langage.
Acheter un livre, c'est aussi soutenir un artiste
Dans cette approche, acheter un livre dépasse l'acte de lecture.
Chaque ouvrage porte le travail de plusieurs créateurs : l'auteur, bien sûr, mais aussi l'artiste plasticien, le graphiste, l'équipe éditoriale, l'imprimeur, le diffuseur, le libraire.
Le lecteur ne repart donc pas uniquement avec une histoire. Il acquiert également une œuvre plastique, découvre un artiste et participe à la valorisation de la création contemporaine togolaise.
Le livre devient un objet culturel complet. Il raconte une histoire, mais il raconte aussi le travail d'une communauté de créateurs.
Construire un écosystème culturel
Cette démarche contribue à faire vivre toute une chaîne de valeur.
En acquérant des œuvres auprès d'artistes plasticiens togolais selon des modalités adaptées à chaque projet, les Éditions AZUR créent des passerelles entre des univers qui se côtoyaient rarement. Les écrivains gagnent en visibilité grâce aux artistes. Les artistes rencontrent de nouveaux publics grâce aux livres.
Cette dynamique bénéficie également aux graphistes, imprimeurs, libraires, bibliothèques, festivals, enseignants et lecteurs.
L'édition devient alors un véritable moteur de l'économie culturelle.
Donner des pieds aux œuvres
Mais une œuvre ne vit pleinement que lorsqu'elle rencontre son public.
C'est pourquoi les Éditions AZUR accordent une importance particulière à la circulation des livres. La participation à des foires internationales, à des salons du livre, à des rencontres professionnelles, à des résidences, à des cafés littéraires et à des séances de dédicaces permet aux ouvrages de dépasser leur territoire d'origine.
Les déplacements de l'équipe éditoriale comme ceux des auteurs donnent littéralement des pieds aux œuvres.
Les livres voyagent. Les histoires traversent les frontières. Les tableaux imprimés sur les couvertures deviennent les ambassadeurs silencieux des artistes togolais. À chaque exposition d'un ouvrage AZUR, c'est aussi une œuvre plastique qui est présentée, regardée, photographiée et parfois racontée.
Chaque salon ouvre un nouveau dialogue.
Chaque rencontre ajoute une nouvelle lecture.
Chaque voyage agrandit le territoire du livre.
Une mémoire artistique en construction
Au fil des années, les Éditions AZUR ne constituent pas seulement un catalogue.
Elles bâtissent progressivement une collection d'œuvres plastiques associées à la littérature contemporaine.
Cette mémoire visuelle témoigne de l'évolution d'une génération d'artistes et d'écrivains. Elle raconte une époque, des sensibilités, des engagements et des esthétiques.
Elle participe, à sa manière, à la constitution du patrimoine culturel togolais.
Une maison ouverte sur le monde
Cette vision trouve naturellement un prolongement à l'international.
Chaque participation à un salon, chaque partenariat avec une librairie étrangère, chaque rencontre avec un lecteur hors des frontières contribue à faire circuler les voix togolaises.
Les livres deviennent des ambassadeurs de la création africaine contemporaine. Ils portent avec eux des récits, des œuvres plastiques, des regards et une manière singulière de concevoir l'édition.
À travers eux, ce sont des artistes et des écrivains qui franchissent les frontières, mais aussi une certaine idée de la culture : ouverte, exigeante, collaborative et profondément humaine.
Plus qu'une maison d'édition, une maison de rencontres
Les Éditions AZUR ne publient pas simplement des livres.
Elles organisent des rencontres entre les disciplines, entre les créateurs, entre les générations et entre les continents.
Elles défendent une édition qui fait dialoguer les arts au lieu de les juxtaposer, qui accompagne les œuvres au lieu de les laisser dormir sur les rayonnages, qui considère le livre comme un lieu vivant où se rencontrent l'écriture, la peinture, le regard et la pensée.
Car un livre peut être bien davantage qu'un livre.
Il peut être une galerie d'art que l'on emporte avec soi.
Il peut être une mémoire qui voyage.
Il peut être un pont entre les imaginaires.
Et lorsqu'il est porté par cette ambition, il devient l'expression d'une conviction profonde : la culture grandit chaque fois que les arts acceptent de marcher ensemble.