Votre livre est publié : maintenant, construisez votre lectorat
Être publié est une étape importante. Mais ce n’est pas la fin du parcours. Pour un primo-auteur, surtout dans le contexte togolais, le véritable défi commence souvent après la parution : trouver ses lecteurs et construire progressivement son lectorat.
L’éditeur peut accompagner, promouvoir et diffuser le livre. Mais l’auteur doit également prendre sa part.
1. Ne cherchez pas seulement à vendre : cherchez à rencontrer
Le premier réflexe d’un auteur est souvent de penser aux librairies. Elles sont évidemment essentielles : Awoudy, Librairie du Futur, Mirev, BonneSemence, Vimac, Bon Pasteur, La Gloire de Dieu, etc.
Mais le lecteur potentiel ne se trouve pas uniquement en librairie. Il faut aller vers les bibliothèques, écoles, universités, associations, clubs de lecture, radios, médias culturels, maisons de jeunes et centres culturels comme Godopé, le Théâtre du Karnak ou la Maison des Arts et du Social.
Les écoles et universités privées peuvent notamment être des espaces intéressants pour rencontrer les élèves et étudiants : conférence, débat, atelier d’écriture, échange autour du livre.
Les associations et clubs constituent également des relais précieux. Le travail du Club Le Littéraire de Steve Bodjona, par exemple, montre l’intérêt de créer des passerelles entre auteurs, jeunes, écoles, universités et lecteurs. Il y a aussi les rencontres de HomaHomé de Théo Ananissoh, et très récemment le club des Passeurs de parole de Bakary B. Junior, Kossi Assou et Elie A. Abbey. Sur invitation.
Et pourquoi ne pas sortir complètement des espaces traditionnels ? Le Cabinet PrécYeux (cabinet d'ophtalmologie), par exemple, expose des livres dans son hall. C’est une idée simple mais révélatrice : le prochain lecteur n’est pas nécessairement dans une librairie. Il peut être dans la salle d’attente d’un cabinet, dans une entreprise ou dans un autre espace fréquenté au quotidien.
2. Participez aux événements des autres
Avant de vouloir organiser sa propre grande dédicace, un jeune auteur devrait apprendre à être présent dans les événements des autres.
Salon du livre, conférence, rencontre littéraire, émission, débat, lancement d’un confrère : participez. Prenez la parole. Posez une question. Présentez-vous. Échangez des contacts.
Le travail d’acteurs comme Togoata Apedo-Amah ou Renaud Dossavi rappelle l’importance des réseaux et des initiatives qui font vivre la littérature au Togo.
Il faut aussi apprendre à travailler avec ceux qui peuvent faire circuler le livre : enseignants, libraires, bibliothécaires, journalistes, blogueurs, influenceurs et autres écrivains.
Des acteurs comme Grâce Bohn et Océane Codja, ou encore des journalistes tels qu’Anoumou Amekudji, Pascal Lossou de Kanal FM et Ida Badjo de WADR, montrent l’importance des médias et des relais culturels dans la visibilité d’un auteur. Le réseau se construit avant d’en avoir besoin.
3. Faites de la promotion avec intelligence, pas nécessairement avec beaucoup d’argent
Un petit budget n’empêche pas une bonne promotion. Avec un téléphone et de la régularité, l’auteur peut déjà raconter pourquoi il a écrit son livre, présenter un personnage, partager une phrase forte, publier une courte vidéo, recueillir les témoignages des premiers lecteurs ou annoncer une rencontre.
WhatsApp, notamment, peut devenir un véritable outil de construction du lectorat. Mais publier chaque jour la couverture du livre avec « Achetez mon livre » n’est pas une stratégie.
Il faut raconter, échanger, susciter la curiosité. Avec quelques milliers de francs CFA, on peut aussi financer une petite rencontre, imprimer quelques supports ou soutenir une action ciblée. L’objectif n’est pas nécessairement de toucher des milliers de personnes, mais de toucher les bonnes personnes.
Un enseignant qui recommande votre livre à ses étudiants, un libraire qui le conseille à un client, un journaliste qui en parle à la radio ou un lecteur qui le recommande à son entourage peuvent avoir plus d’impact qu’une publicité impersonnelle.
4. Sortez du cercle littéraire
Il ne faut pas attendre que le lecteur vienne au livre. Il faut aussi conduire le livre vers le lecteur.
Pourquoi ne pas proposer une rencontre dans une entreprise ? Dans une association ? Dans une école ? Dans un cabinet professionnel ? Pourquoi ne pas créer une rencontre autour de la littérature et de la santé, de l’entrepreneuriat, de la musique ou de l’éducation ?
Le livre peut entrer dans des espaces où on ne l’attend pas. Et surtout, ne vous contentez pas de promouvoir votre propre livre. Participez aux activités des autres, achetez leurs livres, recommandez-les, créez des collaborations. La littérature est un écosystème.
5. Le mot de l’éditeur
Votre éditeur a un rôle essentiel. Mais il ne peut pas devenir votre unique commercial.
Votre voix, votre histoire, vos rencontres et votre réseau sont vos premiers outils de promotion.
Commencez petit : 10 lecteurs convaincus, puis 50, puis 100. Un livre ne se vend pas seulement avec une affiche. Il se vend avec une histoire, une relation, une recommandation et une communauté.
Votre objectif n’est donc pas simplement de publier.
C’est de faire vivre votre livre.