Présenter son premier livre à un éditeur : convaincre sans survendre
Vous avez terminé votre premier livre et vous souhaitez l'envoyer à une maison d'édition. Une question se pose alors : comment en parler ?
Après des mois ou des années d'écriture, il est tentant de présenter son manuscrit comme une « œuvre exceptionnelle », un « roman unique » ou un « ouvrage révolutionnaire ».
C'est compréhensible. Mais l'éditeur n'a pas besoin que l'auteur lui dise que son livre est extraordinaire. Il a besoin de comprendre ce qu'il a entre les mains.
1. Ne dites pas que votre livre est bon. Montrez ce qu'il a de particulier
« Un roman bouleversant », « un essai révolutionnaire », « une œuvre unique » : ces formules disent surtout ce que l'auteur pense de son propre livre.
À éviter : « Mon roman est une œuvre exceptionnelle qui porte un regard nouveau sur la société togolaise. »
Préférer : « Ce roman raconte le retour d'un jeune homme à Lomé après dix années passées en Europe. À la mort de son père, il découvre une histoire familiale qui l'oblige à revoir son rapport au pays qu'il avait quitté. »
Dans le second cas, l'auteur donne un personnage, une situation, un conflit et un enjeu. Il donne à l'éditeur des éléments pour juger.
Même principe pour un essai : « Cet ouvrage analyse les difficultés rencontrées par les collectivités locales dans leur communication avec les habitants et propose des outils pour améliorer l'information et la participation citoyenne. »
C'est moins spectaculaire que « un ouvrage révolutionnaire », mais beaucoup plus utile.
Ne donnez pas vous-même le verdict sur votre livre. Donnez les éléments qui permettront à l'éditeur de se faire son propre jugement.
2. Soyez un lecteur avant de vouloir être publié
Un jeune auteur doit lire. Beaucoup. Et pas seulement les livres qui ressemblent au sien.
Au Togo, il est utile de se confronter aux œuvres de Kangni Alem, Théo Ananissoh, Kossi Efoui, Sami Tchak et de nombreux autres auteurs. Non pour les imiter, mais pour comprendre les différentes écritures et mieux situer sa propre voix.
Lisez aussi les prix littéraires. Observez les livres distingués par le Goncourt, le Renaudot, le Prix Ahmadou-Kourouma, le Prix Orange du Livre en Afrique, etc. Demandez-vous pourquoi ces textes ont été remarqués : construction, langue, personnages, sujet, point de vue, originalité…
Lisez tous les genres. Le romancier peut apprendre de la poésie ; le poète du théâtre ; l'auteur d'essai du roman.
Et surtout, sortez de la littérature : histoire, géographie, sciences sociales, biographies, enquêtes, philosophie, ouvrages professionnels, travaux scientifiques…
Une œuvre ne se nourrit pas seulement d'autres œuvres.
Cette culture de lecture permet aussi d'éviter une erreur fréquente : présenter comme totalement inédit un sujet qui a déjà été traité.
Avant d'affirmer : « Personne n'a encore raconté cette histoire. » il faut avoir suffisamment lu.
Avant de demander à un éditeur de trouver une place à votre livre, sachez dans quelle bibliothèque il pourrait prendre place.
3. Défendez votre livre, mais laissez l'éditeur faire son métier
Le premier auteur peut être tenté de considérer son manuscrit comme définitif.
« Le texte a été relu et ne nécessite aucune modification. »
Il vaut mieux dire : « Le manuscrit est achevé et relu. Je reste ouvert aux observations éditoriales susceptibles d'en améliorer la construction et la lisibilité, dans le respect de l'intention initiale du projet. »
Cela ne signifie pas qu'il faut abandonner ses convictions. Un auteur doit connaître son texte, défendre ses choix et savoir ce qu'il veut dire. Mais il doit aussi accepter qu'un éditeur puisse questionner un titre, resserrer un chapitre, déplacer une partie, signaler une répétition ou demander d'approfondir un passage.
Avoir confiance en son livre ne signifie pas considérer qu'il est impossible de l'améliorer.
4. Convaincre autrement
Présenter son premier livre à une maison d'édition demande finalement trois choses : de la conviction, de la précision et de l'ouverture.
Ne dites pas : « Vous avez entre les mains un chef-d'œuvre. »
Dites plutôt : « Voici ce que j'ai écrit, ce que ce livre raconte, ce qui fait sa singularité, les lecteurs auxquels il pourrait s'adresser et pourquoi je pense qu'il pourrait trouver sa place dans votre catalogue. »
Puis laissez l'éditeur lire.
Convaincre un éditeur ne consiste pas à lui dire que vous avez écrit un grand livre. Cela consiste à lui donner envie de vérifier par lui-même que votre livre mérite d'être lu.